Huit heures, neuf heures, parfois plus : le sommeil des personnes âgées n’obéit plus aux mêmes règles que celui des moins de 50 ans. Derrière ce besoin accru de sommeil, il n’est pas rare de trouver bien autre chose qu’une simple histoire de fatigue accumulée ou de vieillissement « normal ». Un trouble méconnu, un médicament, ou même un dérèglement du rythme veille-sommeil peuvent être à l’œuvre. Repérer ces signaux, comprendre les mécanismes, c’est éviter que la santé physique et l’équilibre psychique ne s’enlisent dans des complications évitables.
Quand le sommeil devient plus long : ce qui change avec l’âge
Le sommeil des seniors ne ressemble plus tout à fait à celui de l’adulte actif. Passé la soixantaine, la durée du sommeil nocturne ne s’étire pas systématiquement, ce qui évolue, c’est surtout la façon dont il s’organise. L’horloge biologique perd de sa régularité : le rythme circadien se décale, l’endormissement se fait plus précoce et les réveils matinaux sont monnaie courante. La synchronisation avec la lumière du jour s’effrite, phénomène bien étudié par les spécialistes du sommeil.
Le véritable enjeu ne se limite pas au nombre d’heures passées au lit : c’est la qualité du sommeil qui s’altère. Micro-réveils, sommeil haché, phases profondes moins présentes. Un paradoxe, quand on sait que la National Sleep Foundation recommande toujours 7 à 8 heures par nuit chez les plus de 65 ans. Pourtant, beaucoup décrivent une lassitude persistante, même après avoir dormi « suffisamment ».
L’excès de sommeil chez la personne âgée reflète souvent un rythme veille-sommeil déséquilibré, influencé par plusieurs facteurs. Voici les éléments qui pèsent le plus dans la balance :
- Une exposition à la lumière naturelle réduite, surtout chez ceux qui sortent peu;
- L’activité physique en baisse, qui affaiblit la synchronisation du rythme;
- Des maladies chroniques qui perturbent le sommeil;
- Des traitements médicamenteux qui affectent l’alternance veille-sommeil.
Chacun de ces facteurs peut bouleverser ce fragile équilibre, jusqu’à perturber la capacité à alterner phases de repos et périodes actives.
La structure du sommeil se modifie : les cycles raccourcissent, la tentation de la sieste augmente. Ce phénomène s’inscrit dans l’évolution normale du vieillissement. Mais quand la qualité ou la durée du sommeil change soudainement, un signal d’alerte s’impose. Brutalité et persistance doivent conduire à demander un avis médical : une maladie sous-jacente peut se cacher derrière ce tableau.
Hypersomnolence chez les seniors : quelles causes possibles ?
La somnolence diurne excessive ne se limite pas à une petite baisse de régime après le déjeuner. Chez les seniors, elle est souvent le reflet de troubles du sommeil longtemps sous-estimés. Plusieurs causes peuvent se superposer et brouiller le diagnostic.
Les troubles du sommeil prennent des formes variées. L’apnée du sommeil provoque des réveils nocturnes à répétition, morcelant la nuit et augmentant le risque cardiovasculaire. Le syndrome des jambes sans repos dérange le sommeil par des mouvements involontaires, parfois insupportables. D’autres vivent simultanément de l’insomnie et de l’hypersomnie : la fatigue chronique ou encore une hypersomnie idiopathique difficile à différencier d’une fatigue ordinaire.
Les médicaments méritent aussi toute l’attention. Plusieurs classes de traitements, psychotropes, antihistaminiques, antalgiques, peuvent favoriser la somnolence diurne ou, à l’inverse, troubler le sommeil nocturne. Les maladies neurodégénératives comme Alzheimer aggravent souvent les difficultés : elles désorganisent le sommeil et renforcent le besoin de dormir.
Ajoutons à cela la dépression, l’anxiété ou les douleurs chroniques, qui s’invitent dans le quotidien de nombreux seniors. Ces facteurs, isolés ou combinés, dérèglent la capacité à alterner veille et repos, et l’hypersomnolence devient vite épuisante, difficile à supporter jour après jour.
Faut-il s’inquiéter si une personne âgée dort beaucoup ?
Le sommeil prolongé chez la personne âgée interroge, parfois inquiète. Entre somnolence diurne et multiplication des heures passées au lit, la prudence s’impose, sans pour autant céder à la panique. La qualité du sommeil baisse souvent avec l’âge, le rythme se désorganise, l’horloge biologique se dérègle. Pourtant, dormir plus de 8 heures la nuit ne traduit pas toujours une maladie en arrière-plan, même si la National Sleep Foundation fixe la moyenne à 7–8 heures pour les seniors.
Quand le sommeil prolongé s’accompagne de fatigue persistante, de troubles du sommeil ou d’épisodes de confusion, il faut se poser les bonnes questions. Le risque de chutes grimpe, la santé cognitive peut décliner. Plusieurs travaux scientifiques font le lien entre ces troubles et une hausse du risque de mortalité chez les personnes âgées. L’effet des médicaments, notamment dans le cadre d’une polymédication, ne doit pas être sous-estimé.
Si le sommeil prend soudainement trop de place, consulter un médecin est le premier réflexe à adopter. Repérer une apnée du sommeil, une dépression ou un effet indésirable médicamenteux permet d’ajuster la prise en charge. Observer le rythme veille-sommeil, guetter tout changement de comportement, perte d’autonomie ou altération de la mémoire, oriente vers le diagnostic. Dans certains cas, un examen comme la polysomnographie aide à lever les doutes sur un trouble sévère du sommeil.
Des conseils simples pour aider un proche à mieux gérer son sommeil
Accompagner une personne âgée qui dort trop ou dont les nuits s’allongent demande méthode et patience. L’expérience montre qu’instaurer une routine stable permet souvent de remettre de l’ordre dans le rythme circadien. Se coucher et se lever à la même heure chaque jour, week-end compris, donne à l’horloge interne des repères solides.
L’environnement de sommeil pèse aussi dans la balance. Une chambre bien ventilée, à température douce, sans lumière parasite : autant d’éléments qui favorisent un sommeil moins fragmenté. Réduire les excitants après 16 heures limite les réveils nocturnes et améliore la continuité du repos.
Voici quelques pistes concrètes pour soutenir un meilleur sommeil :
- L’activité physique douce (marche, gymnastique adaptée) pratiquée chaque jour aide à renforcer la qualité du sommeil. Sortir s’exposer à la lumière naturelle, surtout en matinée ou en début d’après-midi, contribue à recaler le cycle veille-sommeil.
- La sieste reste utile si elle est courte : 20 minutes suffisent pour récupérer sans perturber la nuit.
- L’alimentation a son rôle à jouer : privilégier des repas légers le soir, faciles à digérer, et penser à bien s’hydrater.
Des méthodes naturelles, comme la sophrologie ou la relaxation, peuvent aussi compléter l’accompagnement. Certaines plantes (valériane, mélisse, tilleul, passiflore) sont parfois utilisées, mais il vaut mieux demander conseil avant d’en faire un usage régulier.
Adapter le logement, installer une téléassistance, sécuriser les déplacements de nuit et pouvoir compter sur un aidant attentif font toute la différence. L’autonomie et la sécurité du senior ne s’improvisent pas : elles se construisent, jour après jour, au fil d’une attention constante.
Quand le sommeil s’étire et que les signaux d’alerte s’accumulent, lever le voile sur les causes réelles, c’est parfois offrir à la personne âgée bien plus qu’une simple nuit paisible : un réveil qui a du sens, et le sentiment de retrouver prise sur ses journées.


